Macron appelle l’Europe à sortir de « l’innocence économique » face à la domination du dollar et de la Chine

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ماكرون يحذر: أوروبا يجب أن تنهي براءتها الاقتصادية
ماكرون يحذر: أوروبا يجب أن تنهي براءتها الاقتصادية

L’Europe peut-elle continuer à s’offrir le luxe de l’innocence économique ? Pour Emmanuel Macron, la réponse est non. Dans une interview accordée à plusieurs médias européens, le président français a appelé l’Union européenne à se « réveiller » de toute urgence face à une concurrence mondiale de plus en plus féroce. Entre les lignes, M. Macron brosse un tableau sévère : L’Europe est à la traîne.

Le moment n’est pas arbitraire. À la veille d’annonces sur l’acier à faible teneur en carbone et d’un sommet européen consacré à la compétitivité industrielle, le président français tente d’imposer un changement radical de perspective. Fini le temps de la foi aveugle dans le libre-échange, fini le temps où l’on croyait que la normalisation seule pouvait créer de la puissance. Le monde économique est devenu un champ de bataille et l’Europe, comme il le dit, se bat à mains nues.

Un grand marché sans bouclier défensif

Pendant de nombreuses années, l’Europe s’est vantée d’être le marché le plus ouvert du monde. Mais cette ouverture s’est progressivement transformée en une faiblesse majeure. Alors que les États-Unis injectent des milliards de dollars pour subventionner leurs industries et que la Chine pratique une forme agressive de capitalisme soutenu par l’État, l’Europe se contente d’accumuler les réglementations environnementales, les restrictions financières et les tabous idéologiques.

Le résultat est clair : Une industrie européenne sous forte pression, un écart de coûts considérable avec la Chine et une dépendance croissante à l’égard des importations. Selon les estimations officielles, plus de la moitié de la production industrielle européenne pourrait être menacée à moyen terme. L’Allemagne, qui a été le moteur industriel du continent pendant des décennies, est l’un des pays les plus vulnérables.

Dans ce contexte, M. Macron défend une position qu’il qualifie de « cohérente » : Refuser que les producteurs européens soient soumis à des normes que leurs concurrents étrangers ne respectent pas. Le mot « protectionnisme » est soigneusement évité, mais la logique conduit clairement à un rééquilibrage audacieux.

Une dette commune, un euro fragile et un équilibre mondial des pouvoirs dysfonctionnel

Mais le cœur du discours de Macron est ailleurs : Le financement. Face à des budgets nationaux exsangues et un budget européen structurellement faible, le président français appelle à la création d’une capacité d’emprunt commune. L’objectif est de financer des secteurs stratégiques – intelligence artificielle, défense, énergie, industrie lourde – et d’éviter les retards technologiques.

L’argument est dur et direct : L’Europe dispose d’une épargne considérable, mais elle l’investit principalement dans le financement de la dette des autres, en particulier de la dette américaine. Dans le même temps, le dollar, soutenu par la puissance industrielle, financière et militaire des États-Unis, s’impose avec force. Lorsque Macron parle d' »hégémonie du dollar », il ne s’agit pas d’une confrontation monétaire directe, mais d’un déséquilibre politique plus large.

Le principal obstacle demeure : l’Europe elle-même. Le partage de la dette implique le partage des décisions, des risques et, en fin de compte, de la souveraineté. Une démarche qui se heurte encore à une forte résistance de la part d’un certain nombre d’États membres. C’est là que le discours du président français devient un avertissement clair : Sans une prise de conscience collective, l’UE restera un grand marché ouvert, spectateur d’une bataille économique mondiale sur laquelle elle n’a aucune prise.