Huit ans de prison Le cas de Riadh Al Bateeb : Entre jugement politique et tragédie humaine

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ثماني سنوات سجناً لرئيس حكومة سابق.. قضية رياض البطيب تثير الجدل
ثماني سنوات سجناً لرئيس حكومة سابق.. قضية رياض البطيب تثير الجدل

Le 14 janvier 2026, date anniversaire officieuse de la révolution de 2011, la Cour d’appel a condamné Riad Bettaib, ancien ministre de l’investissement et de la coopération internationale, à huit ans de prison dans l’affaire dite « Instalengo ». La coïncidence historique n’est pas passée inaperçue : Le fils d’Anas Bettaib y a vu le symbole cruel d’une révolution qui promettait la liberté et la justice et qui a ensuite fermé la porte à ceux qui croyaient en son projet.

Dans une lettre publiée le même jour, Anas écrit sans équivoque : « Cette décision est loin d’être un jugement judiciaire. C’est un jugement politique, prémédité à l’occasion de l’anniversaire de la révolution tunisienne ».

Derrière la controverse juridique se cache une histoire humaine douloureuse : L’histoire d’un homme, d’un voyage et d’une profonde déchirure familiale.

Un dossier qui soulève des questions même à son niveau le plus élémentaire

La question fondamentale que pose le fils est d’une simplicité affligeante : De quoi Riad Al Bateeb est-il réellement accusé ?

Selon la lettre, l’interrogatoire n’a duré qu’un quart d’heure. Les questions ont porté sur des événements survenus entre 2014 et 2016, soit des années avant la date fixée par l’accusation (autour du 25 juillet 2021).

Plus inquiétant, selon la famille, est l’un des piliers les plus importants du dossier : une photo publique prise en 2016 avec le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’un événement politique international.

« Quel est le délit de rencontrer le président d’un pays avec lequel la Tunisie a des liens diplomatiques, politiques et économiques historiques ? La question devient encore plus troublante quand on sait que Riad Bettaib, durant son mandat de ministre, a rencontré de nombreux responsables étrangers dans le cadre de ses fonctions officielles.

La carrière d’un homme d’État

Riad Bateeb n’est pas un inconnu sur la scène tunisienne. Ancien opposant à Ben Ali, il a été contraint de s’exiler en France pendant près de deux décennies avant de revenir après la révolution. Il a été ministre de l’investissement et de la coopération internationale dans le gouvernement de Hamadi Jebali (décembre 2011 – mars 2013). Durant son mandat, il a supervisé d’importants dossiers structurels : l’inclusion de la Tunisie dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la négociation d’un partenariat privilégié avec l’Union européenne.

Une ironie douloureuse : L’État tunisien continue de bénéficier des deux voies qu’il a contribué à construire, alors qu’il purge une longue peine de prison.

Affaire Instalengo : Une lourde machine judiciaire

Le jugement contre Riad Bettaib fait partie de la célèbre affaire « Instalengo », qui est devenue en quelques années l’une des affaires politico-judiciaires les plus importantes de la Tunisie contemporaine.

En février 2025, les premiers jugements ont été rendus avec des peines très lourdes, allant dans certains cas jusqu’à des dizaines d’années de prison. En janvier 2026, la Cour d’appel a confirmé la quasi-totalité de ces peines, avec peu ou pas d’atténuation. La seule exception concerne la journaliste Shatha Hajj Mubarak, dont la peine a été réduite de cinq ans de prison à deux ans avec sursis, ce qui lui a permis d’être libérée.

Cette rigueur judiciaire, officiellement présentée comme une réponse à une menace pour la sécurité de l’État, est perçue par une grande partie de l’opinion publique comme la preuve que le pouvoir judiciaire devient un instrument de la lutte politique.

La douleur personnelle loin de la rhétorique politique

Au-delà des accusations criminelles et des arguments juridiques, il y a des mots simples qui portent les connotations les plus lourdes. Dans sa lettre après le premier jugement (février 2025), Anas Bettaib parle d' »enterrement de la vérité » et d' »assassinat moral ». Un an plus tard, la lettre est moins éloquente, mais plus profonde : « La révolution n’a pas seulement été étouffée, elle est aujourd’hui systématiquement enterrée. Mais la mémoire, quelle que soit la durée de la répression, ne sera jamais condamnée ».

Ce n’est pas un slogan. C’est le témoignage d’un fils qui a vu son père réduit à un numéro de dossier judiciaire.

Le cas de Riad Al Bateeb va au-delà du cas individuel. Elle soulève une question fondamentale pour toute société qui prétend respecter l’État de droit : Est-il possible de prononcer un jugement sévère à l’encontre d’une personne sans que le public ne comprenne clairement ce dont elle est réellement accusée ?

Tant que cette question restera sans réponse, le sentiment d’injustice continuera à grandir et la justice tunisienne d’aujourd’hui restera en suspens.