L’expert économique et financier Moez Hadidan a mis en garde contre les répercussions de la forte hausse des prix du pétrole sur l’économie tunisienne, notant que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient constituent une menace directe pour les finances publiques, en particulier dans le secteur de l’énergie et des subventions.
Hypothèses budgétaires et coût de chaque dollar supplémentaire
La loi de finances 2026 est basée sur un prix de référence de 69,9 dollars le baril de pétrole. Hadidan estime que chaque dollar supplémentaire par rapport à ce niveau coûte au trésor public environ 164 millions de dinars de plus.
Au début de l’année, le prix moyen du baril oscillait autour de 67 dollars. Mais une hausse de 13 % lundi, avec des perturbations dans le transport maritime, a poussé les contrats à terme du Brent à 82,37 $ avant de se replier à 78,28 $, soit un gain net de 5,41 $ (ou 7,4 %).
L’expert prévient que si le prix moyen se maintient autour de 80 dollars tout au long de l’année, le taux annuel passera à 77,9 dollars, soit14,6 dollars de plus que l’hypothèse budgétaire. Ce scénario se traduirait par une charge supplémentaire d’environ 2,39 milliards de dinars sur le budget de l’Etat.
Pression massive sur la ligne de soutien
La loi de finances 2026 alloue environ 4 993 milliards de dinars pour les subventions aux carburants et à l’énergie. Dans un scénario de prix à 80 dollars, ces coûts augmenteraient de près de 50 % par rapport à l’enveloppe allouée. Dans le cas d’une nouvelle escalade à 200 dollarsle baril, la charge supplémentaire pourrait atteindre 5 milliards de dinars, soit près du double du montant initialement alloué aux subventions.
Dans une déclaration à Mosaic FM, M. Hadidan a souligné que la stabilisation continue des prix des carburants pour les consommateurs obligera l’État à supporter la totalité de la différence, ce qui aggravera le déficit et menacera les équilibres budgétaires.
Attentes de dépassement de 120 dollars par baril
Kirill Dmitriev, conseiller du Kremlin pour les affaires économiques, estime que le prix du pétrole pourrait bientôt dépasser les 100 dollars le baril, arguant que des prix plus élevés sont un outil de pression iranien sur Washington, surtout après la promesse du président Trump de fournir aux Américains une énergie bon marché.
Humayun Vlakshahi, analyste chez Kpler, prévient qu’une guerre régionale prolongée pourrait faire grimper les prix au-dessus de 120 dollars – un niveau inégalé depuis des années – si les approvisionnements sont perturbés ou si des corridors vitaux sont fermés.
L’Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l’OPEP+ ont décidé d’augmenter leurs quotas de production de 206 000 barils par jour en avril, dépassant ainsi les attentes, pour tenter de calmer les marchés. L’OPEP a annoncé que les huit pays se réuniraient à nouveau le 5 avril.
Implications pour le taux de change et l’économie
Le taux de change n’a pas beaucoup changé jusqu’à présent, avec une légère appréciation du dollar par rapport à l’euro et une augmentation de 2,4 % du prix de l’or, reflétant l’état d’anxiété mondiale. Hadidan souligne que la hausse des prix de l’énergie affectera tous les secteurs, à commencer par la consommation d’électricité, de gaz et de carburant, faisant de la gestion des subventions l’un des plus grands défis du gouvernement tunisien dans les mois à venir.






























