Les compagnies aériennes du monde entier prennent des mesures directes pour contrer la forte hausse des prix du kérosène, une évolution qui a exercé une pression considérable sur le secteur et incité les transporteurs aériens à revoir leurs plans tarifaires et opérationnels. Cette hausse intervient dans un contexte de tensions militaires liées à la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran et à la perturbation des chaînes d’approvisionnement en énergie qui en découle.
La crise du carburant frappe le secteur de l’aviation
Selon Petroleum Argus, une société d’analyse et de données sur les marchés de l’énergie et des matières premières, la crise est principalement liée à la fermeture du détroit d’Ormuz, qui a perturbé environ 21 % des exportations maritimes mondiales de carburéacteur.
Cette crise est d’autant plus grave que ce type de carburant est particulier et ne peut pas être facilement remplacé par d’autres produits pétroliers comme c’est le cas pour l’essence ou le diesel. Le carburéacteur est soumis à des normes techniques strictes et est produit dans des raffineries spécialisées et à partir de types de pétrole spécifiques, ce qui rend toute pénurie d’approvisionnement plus lourde de conséquences pour le secteur.
Une partie importante du carburant qui transitait par le détroit d’Ormuz et qui était prêt à être distribué selon les normes internationales n’arrive plus sur les marchés, notamment en Europe et dans certaines parties de l’Asie. Cela signifie que la crise n’est plus seulement une question de prix élevés, mais aussi de disponibilité réelle d’une matière essentielle au fonctionnement des vols des compagnies aériennes.
Les experts avertissent que l’utilisation de carburants de mauvaise qualité dans les moteurs d’avion peut entraîner une perte de puissance ou de graves risques opérationnels, ce qui limite considérablement les possibilités d’indemnisation.
Forte hausse des prix
Ces dernières semaines, les prix du kérosène ont augmenté de manière significative par rapport aux autres dérivés du pétrole, passant d’un niveau compris entre 85 et 90 dollars le baril à un niveau compris entre 150 et 200 dollars. Cette augmentation est un coup dur pour les compagnies aériennes, d’autant plus que le carburant représente dans certains cas environ un quart des dépenses d’exploitation de la compagnie aérienne.
Les compagnies aériennes transfèrent le fardeau aux voyageurs
Les compagnies aériennes ajustent rapidement leurs stratégies, augmentant le prix des billets, imposant des surcharges carburant et révisant leurs prévisions financières, selon Reuters.
Dans de nombreux cas, une partie des coûts supplémentaires est répercutée directement sur les voyageurs, et certaines compagnies aériennes ont également augmenté les frais pour d’autres services tels que les bagages et les services auxiliaires.
Les données indiquent que :
- Air France-KLM prévoit d’augmenter ses tarifs long-courriers de près de 50 euros pour les billets aller-retour.
- Thai Airways se prépare à augmenter ses tarifs de 10 à 15%.
- Pakistan International Airlines augmente ses tarifs domestiques de 20 $ et ses tarifs internationaux de 100 $.
- IndiGo, Akasa Air et Cathay Pacific figurent parmi les compagnies qui ont imposé ou augmenté les taxes sur le carburant sur un certain nombre de liaisons.
Réduire les vols et revoir les plans
Outre l’augmentation des tarifs, certaines compagnies aériennes ont commencé à réduire le nombre de vols ou à fusionner certaines liaisons afin de réduire les coûts et la consommation de carburant.
Dans ce contexte :
- SAS a annulé près de 1000 vols en avril
- Air New Zealand supprime certains vols et revoit à la baisse ses prévisions de bénéfices en raison des perturbations du marché
- United Airlines commence à réduire ses vols déficitaires et se prépare à une longue période de hausse des prix du pétrole
- Delta a également réduit sa capacité et exclu toute expansion imminente
- VietJet et Vietnam Airlines réduisent la fréquence de leurs vols en prévision de la pénurie de carburant
Ryanair a également prévenu qu’il pourrait y avoir des perturbations dans l’approvisionnement en carburéacteur en mai si la guerre au Moyen-Orient se poursuit, bien qu’elle n’ait pas encore annoncé d’annulation de vols.
Solutions temporaires et préoccupations permanentes
Certains grands groupes aériens, comme IAG, qui possède British Airways, peuvent encore temporairement minimiser l’impact de la crise grâce à des contrats d’achat de carburant préétablis, mais cette solution est limitée dans le temps et n’offre pas de protection à long terme si la crise persiste.
Dans l’ensemble, ces développements ont conduit un certain nombre de compagnies aériennes à abandonner ou à revoir à la baisse leurs prévisions financières antérieures, dans un contexte d’incertitude du marché.
Répercussions plus larges du secteur de l’aviation
La crise actuelle ne menace pas seulement les budgets des compagnies aériennes, elle a aussi des implications économiques et politiques plus larges, car l’augmentation du coût du transport aérien pourrait affecter les voyages, le commerce et le tourisme, et accroître la pression sur les consommateurs dans plusieurs pays.
Alors que les tensions dans la région continuent à augmenter, les compagnies aériennes sont confrontées à une phase délicate qui nécessite des décisions difficiles entre le maintien de la stabilité opérationnelle d’une part, et la tentative de contenir les pertes et les pressions croissantes d’autre part.






























