Pendant de nombreuses années, l'électricité a fait partie des services que les Tunisiens considéraient comme acquis, disponible à tout moment d'une simple pression sur un bouton. Mais l’été 2026 a commencé à bouleverser cette donne, avec une vague de chaleur exceptionnelle et des températures avoisinant les 50 degrés dans plusieurs régions.
Avec un record historique de consommation d’électricité, la Tunisie s’est retrouvée confrontée à une nouvelle réalité : l’énergie est passée d’un service stable à une ressource soumise à des pressions croissantes.
Les coupures de courant périodiques auxquelles a eu recours la Société tunisienne d’électricité et de gaz (STEG) pour maintenir l’équilibre du réseau ont suscité une certaine inquiétude, d’autant plus que certaines coupures ont eu lieu pendant les heures les plus chaudes de la journée, lorsque les climatiseurs et les appareils de refroidissement deviennent indispensables.
Il ne s’agit pas seulement d’une crise conjoncturelle, mais cela révèle un problème plus profond : l’accélération de la demande en électricité, alimentée par l’utilisation croissante des climatiseurs et l’évolution des modes de consommation, face à une capacité de production qui ne se développe pas au même rythme.
Cette situation soulève des questions quant à savoir si les coupures deviendront, dans les années à venir, un phénomène estival récurrent, d’autant plus que les vagues de chaleur gagnent en fréquence, en durée et en intensité.
Chaque nouvelle vague de chaleur devrait entraîner une hausse de la consommation, ce qui soumettra le réseau à une pression accrue et limitera la marge de manœuvre pendant les périodes de pointe.
Face à ces défis, la transition énergétique semble plus urgente que jamais, mais son rythme actuel reste en deçà des besoins croissants.
Malgré l’annonce de plans de développement des énergies renouvelables, la mise en œuvre des projets d’énergie solaire, de stockage d’électricité et de modernisation des réseaux reste lente, ce qui limite la capacité du pays à réduire sa dépendance vis-à-vis des sources traditionnelles et à garantir l’approvisionnement pendant les périodes de forte demande.
Le risque est de voir le même scénario se répéter chaque été : une consommation record, une pression croissante sur le réseau, puis le recours à des coupures tournantes comme solution de secours à une crise désormais de nature structurelle.
Face à cette réalité, les énergies renouvelables, la modernisation du réseau et l’amélioration de l’efficacité énergétique ne sont plus de simples options à long terme, mais sont devenues des enjeux stratégiques liés à la sécurité énergétique et à la stabilité économique et sociale.
L’été 2026 pourrait bien marquer un tournant dans la perception qu’ont les Tunisiens de l’électricité, celle-ci n’étant plus seulement un symbole de confort, mais un indicateur de la capacité du pays à relever les défis climatiques et énergétiques.
La perspective que les coupures de courant deviennent un rendez-vous annuel lié aux vagues de chaleur impose d’ouvrir un large débat national sur l’avenir du système énergétique, avant que les crises estivales ne deviennent plus graves et plus difficiles à gérer.

































