Le président de l'Assemblée du peuple tunisienne, Ibrahim Bouderbala, a annoncé mercredi 29 juillet 2026 l’interdiction pour les députés d’utiliser leurs téléphones portables pour prendre des photos ou enregistrer des vidéos dans la salle des séances plénières, avertissant que les contrevenants seraient directement déférés au parquet.
M. Bouderbala a déclaré d’un ton ferme : « Il est strictement interdit, où que ce soit dans la salle, d’utiliser un téléphone pour prendre des photos ou filmer. Quiconque enfreindra cette décision sera immédiatement déféré au parquet. »
Cette décision ne semble pas être une simple mesure réglementaire interne, mais s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions imposées ces dernières années à la couverture des activités parlementaires et à l’accès aux informations relatives aux travaux de l’Assemblée.
Un resserrement continu de la couverture parlementaire
Les journalistes ne sont plus en mesure de suivre librement les travaux du Parlement depuis l’intérieur de son siège, leur présence ayant été progressivement réduite, tandis que la couverture audiovisuelle repose désormais essentiellement sur la télévision nationale, en tant qu’organisme habilité à filmer les séances.
Face à ces restrictions, les photos et les vidéos prises par les députés eux-mêmes sont devenues l’un des rares moyens permettant à l’opinion publique de suivre ce qui se passe au sein de l’institution législative, en dehors de la diffusion officielle.
À plusieurs reprises par le passé, des enregistrements parlementaires ont permis de révéler des incidents, des altercations, des interruptions de séance et des tensions au sein de l’hémicycle ou dans les couloirs, ainsi que des débats houleux qui n’auraient jamais été portés à la connaissance du public sans avoir été filmés par certains députés.
En interdisant tout enregistrement audio et vidéo sous peine de renvoi devant le parquet, la présidence de l’Assemblée ferme l’un des derniers canaux indépendants qui permettaient de documenter une partie de la vie parlementaire.
Interrogations sur le droit des citoyens à l’information
Cette décision a soulevé des interrogations quant à sa compatibilité avec le principe de transparence, le Parlement étant considéré comme un espace public dédié au débat politique et législatif ainsi qu’à la contrôle de l’exécutif.
Le rôle des citoyens ne se limite pas à mandater leurs représentants pour légiférer, mais englobe également leur droit de suivre la manière dont ces députés exercent leurs fonctions et les positions qu’ils adoptent au sein de l’institution.
Lorsque la présence des médias est limitée et que les députés sont eux-mêmes empêchés de documenter les séances, la capacité de l’opinion publique à contrôler l’action parlementaire s’en trouve affaiblie.
Les détracteurs de cette décision estiment que se contenter de photos officielles risque de donner une image incomplète ou sélective de ce qui se passe au sein de l’assemblée, tandis que ses partisans considèrent que cette interdiction peut contribuer à maintenir l’ordre pendant les séances et à empêcher les prises de vue arbitraires ou l’utilisation de séquences hors contexte.
Le débat reste ouvert sur la manière de concilier, d’une part, la nécessité de préserver la discipline des séances et, d’autre part, la garantie du droit du public à accéder à des informations complètes et fiables sur les activités de ses représentants.

































