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L’Algérie accélère son projet de phosphate et ouvre un nouveau front de concurrence face à la Tunisie

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الجزائر تسرّع إنتاج الفوسفات وتزيد المنافسة مع تونس
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L'Algérie avance à un rythme soutenu pour développer l'industrie du phosphate et des engrais, après la signature de deux contrats stratégiques dans le cadre du projet intégré de phosphate, qui vise à passer de la simple extraction du minerai à la mise en place d’une filière industrielle intégrée comprenant l’exploitation minière, le traitement chimique, le transport et l’exportation.

Le premier contrat porte sur la réalisation d’infrastructures portuaires à Annaba, en collaboration avec la société chinoise China Harbour Engineering Company, tandis que le second concerne les installations du projet à Blad el-Hadba, dans la wilaya de Tébessa, et à Oued el-Kebrit, à Souk Ahras, en collaboration avec la société italienne Saipem.

La production débutera en 2027

Le projet s’articule autour de quatre phases principales : l’extraction du phosphate à Blad el-Hadba, son enrichissement, sa transformation chimique à Oued el-Kebrit, ainsi que le développement des voies ferrées et l’extension du port d’Annaba.

Les autorités algériennes prévoient d’adopter un calendrier de mise en œuvre accéléré permettant de démarrer la production de phosphate enrichi au cours du premier trimestre 2027, avant de passer à la production d’engrais au dernier trimestre de la même année.

Les réserves exploitables sont estimées à environ 840 millions de tonnes, tandis que le projet vise à atteindre progressivement une production annuelle de 10,5 millions de tonnes de phosphate brut.

La Tunisie dispose de l’expertise mais souffre d’une production faible

En revanche, la Tunisie bénéficie d’une longue expérience dans l’extraction et la transformation du phosphate ainsi que dans la production d’engrais, mais cet avantage historique s’est amenuisé ces dernières années en raison d’une production faible et irrégulière.

La production tunisienne de phosphate s’est élevée à environ 3,04 millions de tonnes en 2024, contre 2,9 millions de tonnes en 2023, alors qu’elle atteignait environ 8,2 millions de tonnes en 2010. Le gouvernement ambitionne de la porter à 14 millions de tonnes d’ici 2030.

Le projet algérien présente un atout supplémentaire : la mise en place, dès le départ, d’un nouveau système intégré, regroupant mines, usines, installations chimiques, voies ferrées et ports.

La concurrence régionale pourrait s’intensifier

Le Maroc reste la puissance régionale dominante dans le secteur des phosphates et des engrais, grâce à ses importantes capacités de production de produits à valeur ajoutée, mais l’entrée en force de l’Algérie pourrait modifier l’équilibre du marché en Afrique du Nord, en Méditerranée et sur les marchés africains.

L’Algérie tire également parti de ses importantes ressources en gaz naturel, ce qui lui permet d’intégrer la production d’engrais azotés et phosphatés au sein d’une industrie chimique plus large.

Quant à la Tunisie, le principal défi ne réside pas seulement dans l’augmentation de la production algérienne de phosphate brut, mais aussi dans la capacité de l’Algérie à devenir un fournisseur régulier d’engrais à des prix compétitifs sur les mêmes marchés dont dépendent les exportations tunisiennes.

En 2024, la Tunisie avait exporté vers l’Algérie pour environ 19,4 millions de dollars de phosphate de calcium, mais cette relation commerciale pourrait évoluer si l’Algérie parvenait à développer ses capacités locales de traitement et de production.

Ainsi, la Tunisie ne semble pas menacée d’une perte immédiate de sa position, mais elle se trouve désormais engagée dans une course contre la montre pour accélérer la relance de sa production et renforcer la compétitivité de son secteur avant que les nouvelles capacités algériennes n’entrent en phase de production effective à partir de 2027.