La Bourse de Tunis a connu, lors de la séance du mardi 28 juillet 2026, un événement rare : la suspension temporaire des négociations, après que la baisse du Tunindex, l'indice de référence du marché, a dépassé les 3 % en milieu de séance.
Cette décision a suscité des interrogations chez les investisseurs et les observateurs quant à la nature de cette chute, à savoir s’il s’agissait d’un krach boursier, ainsi qu’aux raisons qui ont poussé la direction de la Bourse à suspendre les transactions.
La Bourse de Tunis a précisé, dans un communiqué officiel, que la suspension des transactions était intervenue de manière automatique après que l’indice eut dépassé le seuil réglementaire fixé à l’article 3.7 du règlement du marché.
En vertu de cette règle, les transactions sont suspendues pendant une heure lorsque le Tunindex enregistre une baisse supérieure à 3 % au cours de la séance, les investisseurs ayant ainsi la possibilité d’annuler leurs ordres enregistrés et de réévaluer leurs positions face à ces fortes fluctuations.
Un mécanisme de protection du marché contre les vagues de ventes
Cette mesure est connue sur les marchés financiers sous le nom de « circuit breaker » ; il s’agit d’un système mis en place sur plusieurs places boursières mondiales afin de limiter les ventes massives provoquées par la panique.
Ce mécanisme n’a pas pour objectif de faire remonter artificiellement les cours des actions, mais d’accorder au marché un temps de répit permettant aux investisseurs de réévaluer la situation et de prendre des décisions plus réfléchies.
Le système tunisien prévoit deux niveaux d’intervention : une suspension des négociations pendant une heure lorsque les pertes dépassent 3 %, et l’interruption de la séance jusqu’à sa fin si la baisse atteint 5 %, le dernier cours enregistré étant alors retenu comme cours de clôture officiel.
Au cours de la séance du 28 juillet, seul le premier seuil a été déclenché, ce qui signifie que la baisse n’a pas atteint le seuil nécessitant la suspension des cotations pour le reste de la journée.
Quelles sont les causes de cette chute soudaine ?
La Bourse de Tunis n’a pas fourni d’explication officielle directe quant aux causes de cette forte baisse, mais plusieurs observateurs ont attribué ce mouvement à des opérations de prise de bénéfices après une période de forte hausse.
Depuis le début de l’année 2026, le Tunindex avait atteint des niveaux historiques, soutenu par la bonne performance des actions des banques, des institutions financières et des entreprises industrielles.
Cette hausse continue a incité certains investisseurs à vendre une partie de leurs portefeuilles afin de réaliser leurs gains, un comportement habituel après de longues phases haussières.
La séance de lundi avait déjà montré les premiers signes de ralentissement, avant que les ventes ne s’accélèrent mardi, entraînant le déclenchement du coupe-circuit automatique.
D'autres analyses ont attribué cette baisse à la situation politique et sociale du pays, mais une source de la Bourse de Tunis a nié l'existence d'un lien direct entre ces événements et la suspension des cotations.
S'agit-il d'un krach boursier ?
Une baisse de l’indice de plus de 3 % ne signifie pas nécessairement que le marché entre dans une crise financière ou subit un effondrement généralisé.
Les marchés connaissent en effet régulièrement des phases de correction après de fortes hausses, ce qui permet aux investisseurs de réévaluer les cours des actions et d’ajuster leurs portefeuilles.
De même, le déclenchement du coupe-circuit automatique ne constitue pas en soi la preuve d’une crise systémique, mais indique plutôt une hausse du niveau de volatilité à un point tel qu’une intervention temporaire s’est avérée nécessaire pour garantir le bon fonctionnement du marché.
En revanche, l’économiste Rida Chakndali a estimé que ce qui s’était produit constituait un « signal d’alerte », expliquant que les gains importants enregistrés par la Bourse au cours de la période écoulée ne reflétaient pas nécessairement une amélioration profonde des performances de l’économie réelle.
Il a souligné qu’une grande partie de ces gains est liée aux solides résultats du secteur bancaire, estimant que l’augmentation des émissions d’obligations d’État par l’État pour financer le déficit pourrait entraîner une absorption des liquidités disponibles au détriment du financement des entreprises privées et de l’investissement productif.
M. Chakndali a précisé que les bénéfices des banques ne reposaient pas uniquement sur les revenus des obligations d’État, mais comprenaient également les marges d’intérêt et les commissions ; il a toutefois averti que la dépendance croissante vis-à-vis des revenus liés aux risques souverains pourrait devenir un facteur de fragilité à moyen terme.
La Bourse de Tunis devrait reprendre ses activités normales mercredi 29 juillet, conformément aux procédures en vigueur.
Les prochaines séances permettront de déterminer si le recul de mardi n’était qu’une simple correction technique après plusieurs mois de hausse, ou s’il marque le début d’une phase de baisse plus longue sur le marché tunisien.






























